Dialogue entre confessions chrétiennes

 


Les « Conversations de Malines »

Il y a 82 ans, le Cardinal Mercier ainsi qu' un groupe de théologiens catholiques et anglicans créaient le « mouvement ścuménique » à partir d'une série de rencontres qu'on a appelé : « Les Conversations de Malines » et qui se déroulèrent de 1921 à 1925.

Depuis lors, que de chemin parcouru, mais comme à la procession d'Echternach : « Deux pas en avant, un pas en arrière… » Et pourtant, si un dialogue franc et déterminé ne s'instaure pas entre les Eglises elles risquent de disparaître à court terme. Le rapprochement et la collaboration pastorale, c'est l'avenir. Une question de vie ou de mort !


Jeter des ponts pour abolir la peine de mort

L'abolition de la peine de mort a été demandée par la conférence ścuménique européenne des aumôniers de prisons réunis en juin 2004 en Estonie. La peine de mort est déjà abolie dans la plupart des pays d'Europe. Mais c'est loin d'être le cas dans beaucoup d'autres pays.

Voici la carte mondiale montrant les pays abolitionnistes ou non abolitionnistes.


Une communauté peu connue des catholiques : L'Eglise Méthodiste

Cela se passait le jour de Noël, dans notre église St-Pierre de Genval.

Un homme de haute taille était présent durant la célébration. Il chantait et priait avec nous. A la fin, il s'est présenté : « Je fais partie de l'Eglise Méthodiste » et il a souhaité en anglais un « Merry Christmas ! » à toute notre communauté paroissiale.

Qui sont-ils donc, ces Méthodistes ?

L'Eglise méthodiste est issue d'un mouvement de Réveil dans l'Angleterre industrielle du 18ème siècle. Mettant l'accent sur la conversion et la sanctification du croyant, elle se répand en Angleterre et aux Etats-Unis, puis dans le monde entier, grâce à des sociétés de mission très actives. Le Conseil Méthodiste Mondial, fondé en 1881, rassemble environ 55 millions de méthodistes. Ceux-ci ont joué un rôle important dans le mouvement ścuménique notamment dans la fondation du « Conseil Oecuménique des Eglises ».

Récemment, les Méthodistes britanniques ont noué des liens plus étroits avec les Anglicans. Ils appuient toute initiative de paix en Irlande du Nord.

Leur mouvement fut fondé par John WESLEY, prêtre anglican né il y a 300 ans et qui fut un infatigable prédicateur itinérant. Il aurait parcouru 322 000 kilomètres durant sa vie (la plupart du temps à cheval !).

John Wesley a donné aux gens ordinaires le sentiment qu'ils comptent vraiment. Sa foi n'était pas seulement de la piété, mais une foi très engagée sur le plan social.

Paul SPIES


Un pont entre palestiniens et israëliens : Nos frères chrétiens de Palestine.

 

Ils sont les héritiers de la plus ancienne chrétienté, les descendants directs de la première communauté chrétienne, celle qui, au premier siècle, a entendu la bonne nouvelle de Jésus et y a adhéré. Cette première communauté de Jérusalem, dirigée par Jacques, le frère du Seigneur (exécuté sur ordre du Sanhédrin en l'an 62), puis par d'autres membres de la famille de Jésus, est restée fidèle à la Loi et au culte juif tout en confessant la résurrection du Christ. Saint Paul s'est démarqué de cette communauté. Il voulait dépasser la loi et annoncer la résurrection à tous les hommes.

La catastrophe de l'an 70 (la destruction du temple de Jérusalem) semble avoir causé une rupture de la solidarité entre judéo-chrétiens et les autres juifs.
Cette communauté de Jérusalem s'est illustrée par des personnalités remarquables telles que Saint Hilarion de Gaza et Saint Sabas .
En 451, le Concile de Chalcédoine attribue à Jérusalem le rang de Patriarcat au même titre que Rome, Constantinople, Alexandrie et Antioche.

Plus tard, lors des invasions arabes islamistes, les chrétiens de Palestine sont l'objet de pressions discriminatoires. Abandonnant le grec et le syriaque, ils adoptent la langue arabe.

En 1054 , ils suivent, presque sans le savoir, Constantinople dans sa rupture avec Rome.
Les croisés s'emparent de Jérusalem en 1099 et traitent fort mal ces chrétiens qu'ils considèrent comme hérétiques. On sait, aujourd'hui, que les croisés n'ont pas fait souche dans le pays et que les actuels chrétiens de Palestine n'en sont pas les descendants.

Durant les siècles qui ont suivi, ils s'organisent, participent largement à la renaissance culturelle du pays, à sa prospérité agricole et cela dans une bonne entente avec le monde arabe musulman.

A la fin du 19e siècle, ils sont les premiers à ressentir les risques de déstabilisation provoquée par l'idéologie sioniste dont les adeptes, soutenus par les banques juives internationales, s'emploient systématiquement à dépouiller les paysans palestiniens de leurs terres, à les expulser, dépassant largement les taux d'immigration imposés par les anglais.

Alors que les chrétiens de Palestine militent pour l'établissement d'un Etat Palestinien dans lequel juifs et arabes seraient représentés, ils assistent, impuissants, à une islamisation de plus en plus radicale du Mouvement palestinien.

En 1948, et sans qu'il soit tenu compte des réalités humaines, culturelles, sociales et économiques de la communauté autochtone, l'Etat d'Israël est proclamé et entérine ainsi la partition d'Israël d'une part et des Territoires de l'autre. Du même coup, cet événement, appelé la « Nakbah », prive les palestiniens de près des 8/10es de leurs terres. Plus de la moitié d'entre eux – dont beaucoup de chrétiens – sont contraints à la condition de sans-logis ou d'apatrides.

Depuis, la petite minorité de chrétiens avec à leur tête Monseigneur Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, ne cessent de réclamer justice et paix dans un pays livré chaque jour à la guerre et à l'intolérance.

Qui sont ces frères chrétiens de Palestine ?

On en rencontre tant en Israël que dans les Territoires (Cis-Jordanie et Gaza).

Les Melchites ou Grecs catholiques vivent surtout en Galilée environ 45 000 fidèles).

Les Grecs orthodoxes sont les plus nombreux (environ 70 000 fidèles). Ils sont groupés autour de leur Patriarche Irinaios Ier.

Les latins (± 20 000) soutiennent l'action non-violente de leur patriarche, Michel Sabbah, pour la cause palestinienne.

Les Maronites (± 7000) sont concentrés près de la frontière libanaise. Sans parler des Syriens orthodoxes et catholiques , des Coptes et des Arméniens orthodoxes , ainsi que d'environ 8000 Protestants .

Dans la société explosive où ils évoluent, leur statut de chrétiens n'est pas simple à vivre. Quand on sait qu'un chrétien de Genval peut prendre l'avion et, quelques heures plus tard, se trouver sans problème majeur devant la Basilique du Saint Sépulcre, alors qu'un chrétien de Bethléem est empêché de franchir les 9 km qui le séparent du tombeau du Christ … !

Ils ont besoin de notre prière et de notre solidarité.

(Source : La revue Solidarité Orient n° 224-225)


Avec nos frères chrétiens d'Irak.

 

L'Irak, pays lointain mais proche par tant de noms familiers : c'est la Mésopotamie, le Jardin d'Eden, le Croissant fertile des riches vallées du Tigre et de l'Euphrate. Pays familier par les noms bibliques célèbres : Mossoul (Ninive), Babylone, la tour de Babel, Nabuchodonosor, Ur en Chaldée d'où partit Abraham.

C' est  l'Orient d'où vinrent les rois mages guidés par l'étoile jusqu'à Bethléem.

L'Irak, vieille terre de chrétienté, évangélisée dès les temps apostoliques par Mar Mari que les historiens irakiens soupçonnent d'être l'un des 70 disciples envoyés par Jésus selon l'évangile de Luc au chapitre 10. La prière eucharistique d'Addaï et Mari est l'une des plus ancienne. Elle est encore utilisée de nos jours.

Cette Eglise se sépara de Rome en 431 (Concile d'Ephèse) restant dans la mouvance du patriarche de Constantinople, un certain Nestorius. Le rayonnement de cette Eglise fut immense et s'étendit sur toute l'Asie : la Perse, l'Afghanistan, l'inde et la Chine.

Au 7e siècle, l'invasion de la Mésopotamie par l'Islam fut même le lieu d'une convivialité islamo-chrétienne inédite . Les chrétiens étaient admis dans l'entourage immédiat des Califes. Un dialogue permit aux théologiens musulmans et chrétiens des rapprochements significatifs. C'est ainsi qu'au 9e siècle, le catholicos-patriarche Timotée Ier affirmait au Calife qu'à ses yeux de chrétien, Mahomet pouvait être assimilé à un prophète de l'Ancien Testament, car il avait révélé le Dieu unique à son peuple.

Jusqu'au Moyen Age, cette Eglise fut en expansion . Mais, au 14e siècle , les invasions des Mongols, l'islamisation et les persécutions des Ming de Chine anéantirent la vitalité de ces chrétiens. Ils se réfugièrent au Kurdistan où ils survécurent néanmoins.

Plus récemment, le régime baasiste de Saddam Hussein ,détestable par beaucoup d'aspects, maintenait une certaine neutralité en tant qu' Etat laïc et un relatif équilibre entre musulmans et chrétiens.

Durant ces 5 dernières années, un état de guerre permanent, d'embargo et de violence extrême ont plongé la population dans une grande fragilité. La montée islamiste, qu'elle soit Chiite au Sud ou Sunnite ailleurs, des courants anarchiques et incontrôlables ont contraint beaucoup de chrétiens à prendre le chemin de l'exil.

A quand l'émergence d'un pluralisme culturel, ethnique et religieux dont cette terre fut pourtant un modèle ?

Qui sont ces frères chrétiens d'Irak ?

La plupart d'entre eux sont les héritiers des Eglises Chaldéennes.

Au 16e siècle, beaucoup se sont rattachés à l'Eglise romaine.

Aujourd'hui, la région de Bagdad compte un demi million de fidèles. Deux à trois cent mille sont répartis dans le reste du pays. Parmi eux, 70 % sont Chaldéens catholiques. Les autres sont Chaldéens dits « Nestoriens ».

Récemment, un dialogue ścuménique et une collaboration pastorale ont rapproché ces deux communautés. Jamais deux Eglises séparées par l'histoire n'ont été aussi loin sur le chemin de l'union retrouvée.

On compte aussi en Irak un petit nombre de communautés arméniennes, syriaques, grecques orthodoxes, melkites, coptes ou anglicanes… Parmi tous les irakiens, beaucoup de ces chrétiens ont péri ou ont souffert sous les bombardements et les récents attentats.

Ils vivent aujourd'hui dans l'espoir de pouvoir travailler un jour avec les nombreux musulmans irakiens qui restent attachés à une pratique syncrétique et tolérante de leur religion.

(Source : La revue Solidarité-orient n° 226) Paul SPIES

Avec nos frères chrétiens du Liban.

 

Le Liban, seul pays montagneux du Proche-Orient, riche en eau, donc convoité, est un lieu de passage autant qu'un pays refuge pour les populations persécutées. L'année 1948 vit la dernière vague d'émigrés: les Palestiniens chassés par les Israëliens. Leur présence massive au Liban (350.000) fut à l'origine de la guerre libanaise (1975-1990).

Lieu de rencontre de civilisations et de cultures nombreuses et variées, ancienne terre des marins et marchands phéniciens inventeurs de l'alphabet, il est aussi un carrefour des religions chrétiennes et musulmanes.

Le Liban, c'est avant tout une Terre sainte qu'ont foulée le Christ (il y guérit la fille de la phénicienne, Mc 7, 24-30), la Vierge et Saint Paul, notamment à Tyr, Sidon, Cana et Quadisha.

En l'an 40 de notre ère, fuyant Jérusalem après le martyre de Saint Etienne, les premiers disciples évangélisèrent la côte. Depuis, toute la région devint chrétienne, bien avant l'invasion arabe du VIIème siècle.

Le Liban, seul état arabe qui ne soit pas officiellement musulman, reconnaît aux chrétiens une totale liberté dans la célébration de leur culte et dans l'organisation interne de leurs Eglises.

Les citoyens non-croyants n'ont pas de statut juridique au Liban. Tous, croyants ou athées, doivent affirmer leur appartenance religieuse à une communauté. Le droit libanais ignore le mariage civil.

Les dirigeants religieux (patriarches, muftis, imams) exercent une magistrature morale et interviennent dans les questions politiques.

Qui sont ces frères chrétiens du Liban ?

La constitution reconnaît 17 communautés religieuses:

- 11 communautés chrétiennes (42% de la population libanaise, ou environ 1.900.000 personnes) :

6 reconnaissent l'autorité de Rome :

~ La communauté maronite (environ 72% des catholiques) se revendique de la tradition d'un ermite du IVème siècle, Saint Maron. Liée à l'Eglise romaine depuis 1289, elle fait preuve d'un vif sentiment d'affinité à l'égard de l'Europe chrétienne.

~ La communauté grecque catholique (= melkite) (environ 13% des catholiques), de rite byzantin, dépend des patriarcats d'Alexandrie, de Jérusalem et tout particulièrement d'Antioche. Elle s'est ralliée à Rome en 1724.

~ La communauté arménienne catholique regroupe les descendants du génocide de 1915. Elle préfère rester à l'écart des remous politiques.

~ La communauté syriaque catholique, de rite antiochien, unie à Rome au cours du XVIIème siècle.

~ La communauté chaldéenne catholique.

~ La communauté latine, peu nombreuse.

5 ne sont pas rattachées à Rome :

~ La communauté grecque orthodoxe (50% des chrétiens non-catholiques), de rite byzantin et fortement urbaine, dépend du patriarcat d'Antioche (Damas). Depuis le XIXème siècle elle déploie des efforts remarquables pour favoriser une meilleure intégration dans le monde arabe.

~ La communauté syriaque orthodoxe (jacobites) collabore activement au rapprochement en cours entre les Eglises non chalcédoniennes et l'Eglise orthodoxe.

~ La communauté arménienne géorgienne (30% des chrétiens non-catholiques).

~ La communauté nestorienne.

~ La communauté évangélique (anglicans, luthériens), apparue au Liban au XIXème siècle.

- 3 communautés musulmanes (58% de la population libanaise, ou environ 2.750.000 personnes) :

~ La communauté sunnite (environ 36% des musulmans), surtout citadine, constituée de musulmans orthodoxes.

~ La communauté chiite (environ 55% des musulmans), le « parti » d'Ali, gendre du Prophète, se concentre dans le Sud et la Bekaa.

~ La communauté druze (environ 9% des musulmans), une des composantes fondamentales du pays, professe une religion musulmane hétérodoxe. Regroupée dans la montagne du Chouf et au Sud-Liban, elle est animée par une remarquable solidarité communautaire.

- 1 communauté israélite, essentiellement citadine, remonte aux premiers temps de l'ère chrétienne. Elle est numériquement peu nombreuse (une centaine d'adhérents).

La complexité socio-politico-théologique a façonné la vie et la pensée libanaise depuis des siècles. Elle explique les divergences confessionnelles dont pâtit le christianisme oriental, mais elle est en même temps, grâce à son harmonieuse mais délicate convivialité, un laboratoire oecuménique par excellence, un savoir-vivre l'oecuménisme au quotidien qui nous montre les chemins qui peuvent mener à une « union des coeurs ».

Malheureusement, la guerre du Liban a provoqué le repli de chaque communauté dans son territoire. Avant 1975, la répartition des communautés reflétait une coexistence réelle, sinon parfaite. Dix-sept ans d'affrontements, 150.000 morts, un million de déplacés et 800.000 émigrés ont bouleversé ce consensus. L'un des résultats a été de rendre les régions plus homogènes d'un point de vue confessionnel, tandis que seuls quelques centaines de villages autrefois mixtes le sont restés.

Mais l'espérance demeure...

« Dernier bastion de la doctrine du Christ au Proche-Orient, le Liban ne l'a pas soumise à l'esprit scientifique qui, en Occident, l'a transformée en une doctrine de discipline sociale. .... La spiritualité de demain, comme celle d'hier, jaillira peut-être de ces rivages ... » (Farjallah Haïk, Liban, Les Albums des Guides Bleus ).

« Pour l'homme, le destin est comme le vent pour un voilier; celui qui est à la barre ne peut décider d'où souffle le vent, ni avec quelle force, mais il peut orienter sa propre voile. » (Amin Maalouf, Les identités meurtrières ).

André BIOT